Lachroniqueantilles s’égare …

Pas historien, pas journaliste politicien encore moins ; simplement conscient et inquiet !

Il n’est enseigné des cours scolaires sur l’esclavage ni aux Antilles ni en France. Les mémoires demeurent dans les bouquins poussiéreux des étagères de bibliothèques municipales, à qui a le courage où tout simplement l’envie d’en savoir plus sur son histoire.

L’esclavage n’est pas uniquement l’histoire des noirs Antillais Guyanais et Africains mais c’est aussi l’histoire des blancs occidentaux. D’un côté celle des ancêtres noirs victimes, mais aussi des ancêtres blancs qui en ont été les acteurs. (A noter une minorité de noirs revendeurs d’esclaves en Afrique donc acteurs eux aussi du mouvement).

Aujourd’hui les Antillais semblent oublier que l’esclavage n’a pas eu lieu uniquement en Afrique. Il a aussi eu lieu aux Antilles même, sur le sol où ils vivent. Ils se baladent à proximité de lieux qui ont été témoins de ce lourd passé. Je m’insurge quand je vois dans le reportage « La Guadeloupe, une colonie française ? » de John Paul Lepers, qu’il existe un cimetière d’esclaves à St François ou au Moule au abord de plages aux décors paradisiaques. On y va pour le paysage, pour le plaisir de nos beaux yeux, pour prendre un bon bain de mer uniquement, mais quelle est la proportion de guadeloupéens qui savent que ces cimetières existent ? Je me rebiffe contre moi-même pour cette occlusion accidentelle sur la présence de tels lieux ; contre l’occlusion volontaire ou involontaire de nos mémoires sur les restes de ce passé. Pourquoi ériger des statuts devenant des lieux incontournables de recueillements où on va faire les hypocrites en y allant commémorer l’abolition de l’esclavage alors que des cimetières à ciel ouvert se laissent oublier par la force de la nature et du temps. Laisser des herbes sauvages s’emparer de ces lieux sacrés dont je parie sur la découverte d’autres sites sur l’Archipel, est une omission impardonnable. Mais où sont nos journalistes reporters des chaînes locales qui diffusent facilement et sans lassitude des télénovelas à abrutir les Antillais (qui en redemandent) ; à s’empresser sur des faits divers dont l’importance est si plate ? Où sont-ils quand ils ont un devoir de recherche, d’information, de communication sur de telles trouvailles ?

Nous découvrons entre autre dans ce reportage que des ossements d’esclaves ont été découverts lors de la création de la piscine du Club Med de Ste Anne en 1998. Alors là, moi je reste bouche bée et en veux à mes parents qui ne m’en n’ont pas informé si cela avait été diffusé aux informations sur RFO à l’époque. Pourquoi cet endroit là ne serait-il pas devenu un lieu de recueillement ? Or la loi exige d’arrêter tous travaux à un endroit où des aurores archéologiques seraient découvertes et nul n’est censé l’ignorer. Un des effets du capitalisme !

A ceux qui pensent que l’on devrait arrêter d’en faire des affaires d’Etat ; qui pensent qu’on devrait arrêter de parler et rabâcher l’Esclavage ; replongez donc dans ce triste sommeil. Il n’est pas question de victimisation, mais de mémoire et de respect de cette histoire autant que les descendants de la Shoah respectent leur passé. Nul n’est question non plus de connaitre par cœur l’histoire mais de se renseigner un minimum sur ce qui nous entoure. S’il faut arrêter de parler d’esclavage, alors arrêtons d’ores et déjà de parler créole, cessons nos parades carnavalesques, arrêtons de danser et chanter le Gwo Ka traditionnel ou la Mazurka créole.  Car oui, il est inéluctable de penser aux souffrances insurgées aux esclaves quand les fouets des groupes de carnaval frappent le sol, inculte d’ignorer les racines des sept rythmes communs du Gwo Ka, inutile de courir dans les rues après le LKP pour chanter tous en cœur la « Gwadloup sé tannou ».

Depuis sa mort, on entend tous parler d’Aimé Césaire, particulièrement en Martinique l’île d’où il est originaire. Des édifices existant jadis portent aujourd’hui son nom. Cependant, ce n’est qu’à sa mort que beaucoup se sont intéressé à lui et d’autres l’ont même connu. Cette euphorie s’est bien calmée depuis. Seuls quelques intellectuels, littéraires, curieux du genre, curieux de son histoire et reconnaissant de cet apport culturel le connaissaient réellement avant la triste survenue de sa disparition. Mais combien d’antillais encore aujourd’hui ont lu un seul de ses ouvrages ? Combien de Martiniquais ont lu  l’incontournable Cahier d’un retour au pays natal, Soleil cou coupé ou un autre ? Combien de Guyanais parlent de Damas ? Combien de Guadeloupéens connaissent une simple ébauche de la bibliographie de Guy Tirolien ? Combien de Sénégalais connaissent Senghor et Diop ? Les résultats de l’enquête seraient sans doute affolants ! Ces figures culturelles butoirs que représentent ces hommes ont vraisemblablement servi à tous de passeport, comme faut semblant d’une soit disant connaissance de notre histoire. Heureusement, on a Audrey Pulvar ou Christiane Taubira qui se servent de leur force médiatique pour représenter les restes de cette culture de manière intelligente.

Aujourd’hui encore, on accorde trop d’importance aux déclinaisons de couleurs de peau. Mais allez écouter un peu les pères de la Négritude quand ils disent que peu importe : Nègres nous sommes, nègres nous resterons ; et ceci est clair aux yeux de n’importe quel occidental quelque soit qu’on soit chabin, qu’on ait la «  po chapé », qu’on soit métis, très noir, un peu trop marron ou mulâtre. Rien que ce terme : « po chapé » désigne une certaine aversion pour la peau noire. C’est le premier complexe que les noirs de manière générale n’arrivent pas à dépasser. Cessons les tee-shirts qui prônent de façon idiote « Noir et fier » ou  les idées  comme « Métis et beau » car d’après nous entre le noir et le blanc donc beau. Quel blanc est fier d’être blanc ? Si fierté d’être noir il y a, c’est que honte il y a quelque part ! On a dépassé le siècle de la stigmatisation même si oui ; les racistes existent. Mais des cons il y en a partout. Déjà entre blanc, entre noir, entre les ethnies proprement le racisme se fait ressentir. Eh oui John Lepers, ça existe bel et bien. Après viennent les questions de subordination mais bref …

A ceux qui disent ne pas se sentir chez eux en France métropolitaine parce qu’on le leur ferait ressentir… Vous êtes à Paris, Bordeaux, Montpellier, Lille et ailleurs autant chez vous qu’en Guadeloupe, en Martinique, au Sénégal, en Haiti, au Togo dès lors que vous avez les mêmes droits qu’un autre citoyen français … un point et c’est tout !

Vous sentirez vous chez vous dans ce que vous considérez comme tel, votre île, votre pays, votre maison quand des cambrioleurs rentreront dans votre chambre se servir dans votre boite à bijoux ou quand  une administration vous refusera une aide sociale, ou pour un projet professionnel ?

« L’esclavage n’est pas l’exploitation des noirs par les blancs »? Ah bon ???

Alors certes il y a eu l’esclavage chez les grecs et les romains. Mais ce contexte étant déplacé à celui de l’Afrique et des Antilles, la définition vulgairement donnée au terme prend tout son sens : exploitation des noirs par les blancs. Car les mots prennent du sens avec leur contexte donc ils s’adaptent. Nous avons la perception de notre propre histoire et c’est un reflexe normal.

Ce discours serait interminable si je me le permettais.

Je ne parlerai pas de l’image de la Guadeloupe outre Atlantique car ce message s’adresse aux Antillais et Guyanais particulièrement. Mais …. Enormément à dire à ce sujet.

De toutes les manières, comment peut-on oublier l’esclavage s’il existe encore aujourd’hui ? Car non, l’esclavage ; même s’il a été aboli ; n’est pas terminé mais a juste changé de forme.

Lachronique Antilles

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